Juliette Rose Ann (Dawson) Bélanger

Pionnière du Nord-Est ontarien, militante pour l’éducation, conseillère scolaire, chef de file pour les femmes, bénévole d’exception

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Rose Ann (Dawson) Bélanger, 1905, avec l’autorisation de Diane Bélanger Armstrong

« Pour la première fois, je partage l’enthousiasme de Joseph Odilon envers ce projet d’un nouveau pays, mais ma tête me dit que je serais comme un arbre sans sa forêt. »

— Rose Ann Bélanger, janvier 1906, en pensant au réseau familial et social qu’elle laisserait derrière elle au Québec si elle déménageait en Ontario

Fille de Philomène Girard et John Dawson qui était navigateur sur les remorqueurs de la Canadian Pacific Railway (CPR), Juliette Rose Ann est née à Lévis QC en 1876. Son père d’origine irlandaise était bilingue alors que sa mère québécoise était unilingue francophone. Philomène Girard a mis au monde 16 enfants dont 11 qui ont survécu l’enfance. Rose Ann et ses frères et sœurs étaient tous bilingues, ce qui s’est avéré être une situation plutôt avantageuse pour Rose Ann lorsqu’elle est déménagée en Ontario au début du 20e siècle.

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Joseph Odilon Bélanger, 1905

Surnommée Dollie par son père en raison de sa petite taille (doll signifie poupée), Rose Ann a mené une vie de pionnière dans le Nord de l’Ontario à partir de 1907. Elle a épousé Joseph Odilon Bélanger, natif de Montmagny QC en 1901, avec qui elle a fondé une famille de 8 enfants. Féministe bien avant que le mot ne soit à la mode, Rose Ann a défendu avec ferveur les droits des femmes, des enfants et des démunis pendant 35 ans dans le nord-est ontarien — sa terre d’adoption.

Les archives officielles de l’époque n’étant pas toujours disponibles, les recherches menées par sa petite-fille Diane (Bélanger) Armstrong de Timmins ont néanmoins démontré que Rose Ann était enseignante, ferrée en anatomie, connaissante en soins infirmiers, dramaturge, musicienne, dentellière et couturière, en plus d’afficher des compétences en mathématiques, sciences, histoire et politique ! Et tout ça, avant même que les femmes canadiennes n’aient obtenu le droit de vote !

Avant de planter leurs racines fermement dans le témiscaming ontarien, la famille Bélanger a vécu dans l’Ouest canadien et au Québec, mais c’est à Dane, et par la suite, Elk Lake, Latchford et finalement, Haileybury, qu’ils ont laissé leur marque sur l’histoire de la province.

Lorsque Rose Ann et Joseph Odilon sont arrivés à Dane, Ontario en 1907, leur maison en bois grossièrement équarri ne mesurait que 16 pieds carrés, et pourtant, non seulement la famille devait-elle y vivre, mais la maison servait aussi de station de train et de bureau de télégraphie, (Joseph Odilon était télégraphe), de salle de bagages pour les voyageurs et de dépôt pour le courrier.

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Première maison des Bélanger à Dane, Ontario, 1907

Sans électricité, ni eau courante, ni même de routes pour se déplacer entre les maisons ou les villages, la famille Bélanger cohabitait avec des « millions de maringouins et de mouches noires » et se déplaçait dans la boue jusqu’aux genoux ! Il fallait bien du courage et de l’optimisme pour aller de l’avant et bâtir un nouveau pays dans des conditions aussi précaires.

À cette époque des débuts 1900, il n’y avait ni magasin, ni épicerie dans le minuscule village de Dane. La nourriture était commandée par service télégraphique et livrée par train. Enseignante de formation, Rose Ann aurait voulu enseigner aux enfants du village (ils étaient 11 enfants en tout à ce moment-là compte tenu des 3 familles francophones qui y habitaient), mais la loi ne permettait pas aux femmes mariées d’enseigner à cette époque.

En 1912, Joseph Odilon fut muté à Elk Lake où la famille s’est installée jusqu’en 1928. Rose Ann y est devenue la première femme conseillère scolaire en 1920 et aussi la première femme présidente du conseil scolaire d’Elk Lake en 1923. Cette femme d’action s’est rendue à Queen’s Park à plus d’une reprise pour y rencontrer le premier ministre Howard Ferguson et l’inciter à appuyer la construction d’une école. Les enfants à Elk Lake fréquentaient depuis trop longtemps une « cabane » insalubre, sans installations convenables à l’apprentissage, ni plomberie. Armée de courage et d’une détermination inébranlable, Rose Ann a défendu leur droit à une école neuve. La nouvelle école enfin ouvert ses portes en 1928 !

Les souvenirs racontés par Rose Ann dans son journal intime ont permis à sa petite-fille Diane Bélanger Armstrong de raconter l’histoire de cette pionnière qui n’a pas eu froid aux yeux. Ses pensées notées à même son journal ne laissent aucun doute quant au bonheur que Rose Ann a vécu dans son rôle de bâtisseuse, allant même jusqu’à inventer une recette de tourtière à l’orignal lorsque les ingrédients traditionnels de la recette de sa mère n’étaient pas disponibles !

Rose Ann a été de toutes les causes, desservant les familles, les enfants, les soldats et les vétérans. Le soin des animaux blessés, l’accueil des immigrants chinois dans leur demeure, l’enseignement de cours de musique aux enfants pauvres des villages où la famille Bélanger a vécu —  cette bénévole d’exception n’a jamais hésité à ouvrir son coeur et sa maison. Et Rose Ann a aussi connu la satisfaction de voter à une élection fédérale pour la première fois en 1918 ! Événement historique marquant dans la vie d’une femme comme Rose Ann qui était instruite, ouverte d’esprit et fort intéressée par l’actualité et la politique de son pays à une époque où les femmes étaient généralement reléguées au silence et à l’arrière-plan.

Rose Ann était un modèle d’adaptation, une femme qui a enseigné à sa descendance que l’impossible était toujours possible… Veuve à partir de 1936, elle a poursuivi son œuvre jusqu’à l’année de son décès à Haileybury en 1942. Son esprit d’aventurière fut transmis à ses enfants qui ont tous et toutes eu des parcours de vie intéressants et engagés dans le bien-être de leur communauté dans différentes villes du Nord.

*J’aimerais remercier bien chaleureusement Diane Bélanger Armstrong pour sa générosité et sa disponibilité. Diane  s’est fait un plaisir de répondre à mes questions pendant ma période de lecture de son livre, et par la suite, dans la relecture du résumé que j’ai rédigé pour les Elles du Nord. Merci !

Diane Armstrong livreRéférence : Mud, Muskeg & Mosquitoes : The Life and Legacy of a Northern Ontario Pioneer, par Diane (Bélanger) Armstrong, petite-fille de Rose Ann (Dawson) Bélanger et chroniqueure au Timmins Times. http://www.wmpub.ca/1149-mud.htm   Certification_2014

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Carolle Beaulieu-Pitre

Enseignante, artisane, promotion des droits des femmes, des francophones et de l’artisanat canadien français traditionnel, bénévole

Carole Beaulieu-Pitre

Photo : avec l’autorisation de Carolle Beaulieu-Pitre

« C’est crucial de connaître nos femmes canadiennes. J’ai siégé pendant 11 ans au conseil d’un refuge pour femmes, et si on connaissait mieux notre histoire en tant que femmes, on serait sans doute plus fortes. » — Carole Beaulieu-Pitre, 2014

Née à Lejeune, Québec, Carolle a quitté sa terre natale pour vivre le début d’une aventure dans le Nord de l’Ontario en 1976. Elle a d’abord habité à Sudbury, et depuis 1982, elle réside à Wawa dans le Nord-Ouest de la province où elle a fait carrière en enseignement.

Carolle a fait des études collégiales en graphisme au Céjep de Rivière-du-Loup (1972-1974) et au Céjep du Vieux-Montréal (1974-1975). Par la suite, elle a obtenu un baccalauréat à l’Université Laurentienne de Sudbury en 1982 et une spécialisation en éducation de l’enfance en difficulté en 1997.

Elle a dévoué trois décennies à l’enseignement dans les écoles du Nord de l’Ontario de 1982 à 2012. Au cours de sa carrière, elle a été enseignante diagnosticienne bilingue pour les Services intégrés des enfants du Nord (2000-2005), et a œuvré en éducation spéciale de 2009 à 2012. Carolle a également obtenu un M.Ed. à l’Université de Toronto en 2006.

Elle a joué un rôle clé pour instaurer le programme d’intégration des arts visuels avec les résidents de longue durée du Centre de santé Lady Dunn à Wawa avec ses élèves. Elle a également investi des efforts au sein de l’AEFO à divers titres entre 1984 et 1995.

Parallèlement à sa carrière en enseignement, Carolle se découvrait aussi comme artiste. Dès 1968, elle a fait des études en sculpture sur bois à l’école La Vastringue à Saint-Jean Port Joli et suivi un premier cours de tissage au métier offert par l’Artisanat Chamard.

Mais son véritable envol artistique s’est produit au moment de sa retraite en 2012, un moment charnière dans sa vie d’artiste où elle a pu renouer avec ses passions d’autrefois en se consacrant aux formes ancestrales d’artisanat : « J’ai recommencé à faire du tissage aux doigts afin, d’une part, de faire connaître notre héritage francophone et, d’autre part, de créer des pièces modernes pour maintenir cette technique vivante. »

Sa passion de l’art et des ouleurs lui a été transmise par sa mère — une amoureuse passionnée de la nature qui inspirait sa fille par une description imagée des paysages colorés et uniques du Bas-Saint-Laurent. Le rythme, le geste, les couleurs, les textures, les motifs, la complexité et la beauté du tissage — l’artisane s’est laissée séduire dès son enfance.

Carole B-P tissage

À cette étape de sa vie, le tissage aux doigts est devenu pour Carolle un univers captivant et poétique. Un élan du cœur la conduit plus précisément vers la ceinture fléchée : « Ce qui m’a plu dans le tissage aux doigts, c’est que je pouvais toucher continuellement la laine. C’est un médium facilement malléable, doux, soyeux qui offre une panoplie de possibilités obtenues par des mariages de couleurs et l’entrelacement des fils. C`est ma façon de transmettre une part de mon héritage culturel francophone. »

Un autre « fil conducteur » de sa vie a été le bénévolat. Soucieuse de l’accès aux services pour les collectivités francophones de sa région, Carolle œuvre depuis des décennies au sein de causes qui lui tiennent à cœur — la francophonie, les femmes, la jeunesse et les sports. Elle a  été membre, vice-présidente ou présidente de plusieurs conseils francophones afin de promouvoir la richesse et la beauté de la langue française, en plus d’assurer des services en français dans sa région (Wawa Healthy Lifestyles Coalition, Chadwic Home, Women In Crisis, Growing Wawa).

Elle a également été instructrice de ski de randonnée et de patin artistique dans le but de permettre aux francophones de participer à ces sports, et a été membre de la Patrouille canadienne de ski (1991- 1995), instructrice de la patrouille junior de ski pour les 14-18 ans et membre patrouilleur pour The Black Fly Run.

Même si Carolle poursuit encore ses nombreuses passions par la suppléance en milieu scolaire et l’entraide en milieu communautaire, l’heure de sa vie est maintenant au tissage — cet art qui n’est devenu rien de moins que sa poésie… Des sculptures qu’elle tisse avec de la laine et qu’elle offre en héritage aux générations.

Références : http://brinsdarcenciel.com; texte de C. Beaulieu-Pitre

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Sabrina Zorzetto

Spécialiste des relations humaines, thérapeute familiale, consultante en stratégie de changement, professeure, auteure, artiste

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Photo : avec l’autorisation de Sabrina Zorzetto

« Je suis consciente des messages à faire passer sur les relations humaines, ainsi que la nécessité de tisser des liens pour construire la cité des humains. Ces messages sont au cœur de mon activité tant professionnelle qu’artistique. Je combine mes compétences dans les deux domaines pour mener des séminaires d’Art et Management. » — Sabrina Zorzetto

Née à Mattice en 1961, Sabrina est la fille de Paul Zorzetto, originaire de Carcassonne en France et de Gabrielle Dupuis, native de Mattice. Elle a fait ses études primaires à l’école de son village et ses études secondaires à l’école secondaire de Hearst.

Élevée au sein d’une famille dévouée au bien-être collectif, Sabrina a appris tôt les valeurs de l’engagement envers autrui. Son père a connu une longue carrière en politique municipale à titre de préfet de Mattice de 1975 à 2006 et sa mère a été impliquée dans les organisations sociales et les œuvres charitables.

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Collation des grades, 1986

Formée par des valeurs familiales d’entraide et d’ouverture aux autres, Sabrina a choisi une carrière en accompagnement et counselling. Elle a obtenu un premier baccalauréat de l’Université de Hearst en 1980.

Par la suite, elle a terminé une maîtrise en counselling familial et conjugal à l’Université St-Paul en 1986. Un an plus tard, elle a obtenu son brevet en enseignement (B.Ed.) à l’Université d’Ottawa.

Au cours de sa carrière, elle a reçu de nombreuses certifications incluant une certification en analyse transactionnelle, en PNL (programmation neuro-linguistique), en hypnose Ericksonienne et en administration du Conflict Dynamics Profile. Elle est diplômée de l’Institut de Management à Paris (DESTO, IESTO).

Son travail l’a fait voyager d’Opasatika (membre de l’équipe fondatrice de la Maison Arc-en-ciel) à Kapuskasing (membre de l’équipe fondatrice du Foyer de l’Espérance pour femmes), à Timmins (Centre de counselling familial), ainsi qu’au Manitoba où elle a œuvré auprès de la collectivité franco-manitobaine en thérapie, en enseignement et en orthopédagogie.

Sabrina est également une pionnière fondatrice du Collège Boréal. Elle a formé des étudiants dans les programmes de garde éducative à l’enfance, de travail social, de toxicomanie, de thérapie et d’accompagnement au changement tant dans un contexte collégial qu’universitaire.

Spécialiste des relations humaines, Sabrina a été formée formée aux préceptes de l’école systémique de Palo Alto en Californie. Depuis la fin des années 80, elle intervient dans les programmes d’aide aux employés et guide des clients en accompagnement au changement dans les secteurs public et privé au Canada et en Europe. Elle est également l’auteure de publications reliées à la psychosynthèse, aux valeurs de Bateson et aux défis de l’adaptation.

Elle est présentement partenaire dans le cabinet Impulsion-Formation-Conseil en France au sein duquel ses prestations sont axées sur la « transmission des savoir-faire managériaux afin de démultiplier le potentiel d’adaptation à l’entreprise actuelle ».

Depuis quelques années, Sabrina développe également sa fibre artistique. Ses toiles sont inspirées de ses origines du Nord de l’Ontario, de la flore et de la faune de sa terre natale, de ses souvenirs d’enfance et de ses rapports authentiques avec les êtres humains de son passé et de son présent.

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© Sabrina Zorzetto, Broceliande

Pour Sabrina, l’univers humain se définit par une « co » construction entre divers éléments sur lesquels s’appuie le succès d’une société — alliage du social et de l’économique, développement de l’autonomie chez l’adulte, principes d’action positifs et prise de conscience des liens entre le processus et le résultat. « Animée par des valeurs de liberté et de bien-être, je me donne comme mission la transmission des savoirs, savoir-faire ainsi que la réflexion sur les savoir-être dans les entreprises du nouveau millénaire. »

Références : impulsion-formation-conseil.com; boostandgo.fr; sab-z.com; Si Missinaïbi m’était conté : l’histoire des gens de Mattice-Val Côté (1991); textes de S. Zorzetto.

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