Ma mère disait toujours…

unnamed.pngLa langue française est merveilleusement colorée ! Il y a des expressions bien connues que l’on retrouve dans la grande majorité des familles canadiennes-françaises et qui proviennent de nos ancêtres (avoir la couenne dure, venter à écorner des boeufs, se tirer une bûche), mais chaque famille développe aussi son propre patrimoine d’expressions.

Dans cette rubrique, je présenterai des expressions qui sont propres au patrimoine des familles de «chez nous», des expressions hors du commun ou moins bien connues outre que par les membres d’une famille, d’un clan ou d’un village. Si vous voulez partager une expression de votre famille, écrivez-moi à elles@triyana.ca. Il s’agit tout simplement de partager une expression en donnant aussi sa signfication afin que je puisse l’ajouter à la liste. Au plaisir de vous lire !

#1 TI-PHONSE VIENT DE JOMPER

Chantal raconte que pendant son enfance, une de ses tantes était standardiste chez Bell. Au travail, la tante de Chantal avait entendu une femme raconter sur une ligne partagée (party line) que Ti-Phonse venait de jomper en parlant de son mari Alphonse qui venait de décéder. La famille de Chantal a récupéré cette expression et l’utilise dans le contexte où quelque chose vient de briser ou ne fonctionne plus. Par exemple, si la laveuse brise ou si une soucoupe se fracasse au plancher, la famille dit : Ti-Phonse vient de jomper (en parlant de la laveuse ou de la soucoupe) !

#2 MA JOSÉPHINE !

Christine se souvient que lorsqu’elle était enfant et qu’elle se faisait prendre à faire quelque chose de «pas correct» (un petit peu espiègle)sa memére lui disait affectueusement : Qu’est-ce que tu fais-là ma Joséphine ?  Était-ce en lien avec la Joséphine de Bonaparte ? Christine n’en sait rien, mais elle se souvient de ces paroles prononcées par sa grand-mère dans le Nord de l’Ontario ! Après tout, Joséphine, née dans une grande propriété de la Martinique, est arrivée en métropole grâce à son mariage avec Alexandre de Beauharnais, une figure de la Révolution française… 🙂  Rebelle, la petite Christine ?

NOTE : Sandrina, qui est d’origine belge, nous raconte qu’en Belgique, une «Joséphine» est remplacée par une «Julie». Elle n’en connait pas plus la raison du choix de ce prénom, mais se souvient en avoir été très souvent affublée par sa mère lorsque qu’elle faisait une bêtise, une mauvaise action ou une farce !

#3 LES FESSES PINCÉES, LES BECS PINCÉS

Clothilde se souvient que les gens de son village natal (Verner) se faisaient appeler «la gang aux p’tits robbeurs» (mot provenant de l’anglais rubber faisant référence aux bottes de caoutchou). Elle raconte qu’à Verner, les sobriquets étaient très populaires : Ti-Noir, Ti-Pit, La Noire, La Jaune, La B’lette, La Jument, Ti-Coq, Ti- Nours, Le Rat, etc. Les religieuses se faisaient appeler Les Capines, alors que les prétentieux étaient nommés Les Fesses Pincées et les les scrupuleux étaient rien de moins que Les Becs Pincés ! Verner – village au langage vivant !

#4 COMME DES CRAPAUDS SUR UNE MOTTE

Diane se souvient que lorsque les enfants traînaient de la patte pour terminer leurs corvées à la maison, son père, qui trouvait que les enfants ne «sautaient» pas assez vite à son goût, leur disait : «Restez pas là comme des crapauds sur une motte !».  Et allez hop, les enfants se remettaient à la tâche. Mais saviez-vous qu’avant de passer à l’action ou de s’engager sur une voie nouvelle, le cher crapaud, attentif et immobile, écoute en silence… Peut-être bien que Diane et ses frères et soeurs étaient tout simplement à l’écoute… 🙂

#5  IL EST ARRIVÉ AVEC LES GROS CHARS

Raymonde nous raconte que sa famille du Nord ontarien utilisait cette expression dans deux contextes : 1) soit pour décrire une personne qui était arrivée en même temps que le chemin de fer dans un village, ou encore, 2) en parlant d’une personne qui avait voyagé par train plutôt que par voiture. Plusieurs de nos ancêtres et pionniers sont donc arrivés avec les gros chars dans les deux sens du mot ! Au début de la colonisation, ils sont venus construire le chemin de fer et, par la suite, les familles fondatrices sont arrivées majoritairement par train, car les voitures n’étaient pas monnaie courante dans toutes les familles à l’époque !

#6 SI TU NE VOIS PAS UNE RISÉE, TU NE VOIS PAS GRAND CHOSE

Diane raconte que sa mère disait toujours : «Si tu ne vois pas une risée, tu ne vois pas grand chose !». D’ailleurs, Diane est convaincue que cette phrase maternelle est à l’origine de l’excellent sens de l’humour des membres de sa famille. Elle avoue que parfois, elle riait jaune, mais le message passait et les enfants retenaient la leçon de ne pas trop se prendre au sérieux. On pourrait dire que l’éclat de rire dépoussière une situation et permet de voir plus clair, non ?

#7 Y’A PAS MARIÉ LES GROS CHARS

Dans le village où Raymonde a grandi, les gens utlisaient l’expression «Y’a pas marié les gros chars» pour attirer l’attention sur le fait que quelqu’un avait choisi comme époux ou épouse une personne pas très débrouillarde, peu astucieuse, et en toute apparence, pas intelligente. Cette expression péjorative provenait peut-être du fait qu’un gros char était plus fiable qu’une petite bagnole. Dans le temps, un gros char était signe de réussite et montrait qu’on était «quelqu’un».

#8 BAYOCHE MAYOCHE OU VAYOCHE ?

De botte de foin à balle de foin, en passant par melon de foin (lorsque sa forme est circulaire), les agriculteurs ont plusieurs mots pour désigner ces amoncellements dorés qui garnissent nos campagnes à certains temps de l’année. Dans certaines familles, on utilisait le mot bayoche pour désigner les bottes de foin, alors que dans d’autres, on disait plutôt mayoche ou vayoche. D’où proviennent toutes ces variantes ? Eh bien, le mot vayoche serait, en fait, une déformation du mot «veilloche». En agriculture, la veilloche est une meule de foin laissée temporairement dans un pré. D’ailleurs, l’auteur Louis Hémon utilise le mot veilloche dans son roman Maria Chapdelaine (1916) pour désigner «un petit tas de foin». Bayoye et mayoche seraient donc des variantes de prononciation de ce mot.

Un beau merci à J.A. pour ses recherches ! Réf. http://www.cnrtl.fr/definition/veilloche

#9 FUME ENCORE UN PEU !

La pipe dans la poche de chemise ou le paquet de cigarettes au bout des doigts, nos ancêtres ont «fait bien de la boucanne» dans nos rencontres de famille ! L’expression «fume encore un peu» se rapporte directement à cette époque où une bonne majorité de gens était des fumeurs. Hélène raconte que  lorsqu’un visiteur s’apprêtait à partir à la fin d’une soirée ou d’une après-midi agréable, sa mère, dans l’espoir de retenir l’invité un peu plus longtemps, lui disait : fume encore un peu ! Quand les enfants entendaient cette phrase prononcée par leur mère, ils savaient qu’elle était en très bonne compagnie et qu’elle voulait prolonger son bonheur encore un petit peu… 🙂

#10 LE TEMPS SE GRAISSE

Cette expression très imagée est reliée à la température. On s’en sert pour parler du temps qu’il fait, en particulier, le mauvais temps qui approche. Raymonde raconte que dans sa famille, on dit que le temps se graisse lorsque de gros nuages de pluie se forment et qu’une tempête se dessine dans le ciel. Jolie expression, n’est-ce pas ? Et la métaphore est juste puisqu’à la venue de la tempête, le ciel n’est plus clair (ciel couvert par une couche de nuages) et l’air s’épaissit avant l’orage.

#11 FAIRE LE SAMEDI

Monique raconte que le samedi était jour de grand ménage dans sa famille quand elle était jeune. Toute la famille s’y mettait pour faire un gros ménage de haut en bas. Leur maman appelait ça «faire le samedi». Toutefois, si pour une raison quelconque, ils devaient faire le ménage un autre jour tel que le vendredi, par exemple, ça s’appelait quand même «faire le samedi» ! Et vous, quel jour de la semaine faites-vous votre samedi ?

#12 FAIS PAS TA MARICHETTE !

Armande se souvient que sa mère disait souvent : pèse sur ton torchon, fais pas ta marichette ! Cette phrase voulait dire qu’il fallait nettoyer à fond en pesant bien sur son torchon. J’ai cherché d’où pouvait bien provenir cette expression, mais la seule «marichette» que j’ai trouvée est celle-ci : l’Acadienne Émilie LeBlanc (1863-1935) fut connue sous le pseudonyme de « Marichette ». Elle est devenue célèbre grâce à ses lettres publiées dans le journal L’Évangéline de Weymouth entre 1895 et 1898 dans lesquelles elle exigeait le droit de votes pour les femmes et l’égalité. Et vous, connaissez-vous une autre origine pour le mot marichette ? Si oui, partagez avec nous !

#13 LE SOLEIL SE COUCHE DANS L’EAU

Dans la famille de Raymonde, cette jolie expression fort poétique est utilisée en parlant du soleil au moment où il commence à se coucher dans un ciel sans nuages. Donc, à mesure qu’il descend ou « se couche » il disparaît dans les nuages à l’horizon, comme s’il se couchait dans l’eau. Joliment dit, n’est-ce pas ?

#14 OÙ EST-CE QU’ON VA METTRE LA CROIX ?

Fleur-Ange se souvient que sa famille utilisait l’epxression «Où est-ce qu’on va mettre la croix?» Cette phrase était utilisée pour marquer un étonnement quand des gens venaient leur rendre visite pour la première fois. Je n’ai pas trouvé l’origine de cette expression, mais Fleur-Ange suggère qu’elle a peut-être un lien aux explorateurs d’autrefois. Il est vrai que Jacques Cartier et autres explorateurs plantaient une croix pour marque leur arrivée/présence à un nouvel endroit. Intéressant…

#15 CHU PAS CAPABLE, C’EST PAS CANADIEN

Avant-même que Fleur-Ange soit d’âge à fréquenter l’école, elle se souvient que sa mère disait cette phrase dans un contexte où quelqu’un se croyait incapable d’accomplir une tâche. C’est une expression qui a été utilisée dans beaucoup de familles canadiennes-françaises. Pourrions-nous penser qu’elle vient du fait que nos ancêtres ont dû «trimer dur» pour s’établir dans la Nouvelle-France d’autrefois ? Le mot incapable ne figurait pas à leur vocabulaire de défricheur-fondateur…

#16 UN SÉRAPHIN (DANS LA CUISINE)

Raymonde nous raconte que dans certaines familles du Nord de l’Ontario, on appelle «séraphin» un instrument de cuisine utilisé pour racler le fond des récipients ou pour mélager la pâte (une spatule). D’où vient le nom séraphin dans ce contexte ? Est-ce qu’il y a un lien avec l’avare Séraphin Poudrier, le personnage du roman Un homme et son péché? Un Séraphin qui grattait ses «cennes» et un séraphin qui gratte le fond du bol… C’est possible !

#17 R’VIRER DANS SA BOUGRINE ! 

Vous connaissez probablement l’expression «virer son capot d’bord» (ou vire-capot). Un vire-capot est une personne qui change d’idées, de croyances ou d’allégeance, donc il retourne sa veste (un capot étant un paletot). Habituellement, un vire-capot agit par intérêt personnel, au détriment de la cause qu’il défendait. En parlant d’une personne vire-capot, la famille d’Hélène dans le Nord de l’Ontario disait aussi qu’elle avait «r’virer dans sa bougrine». Bougrine est un mot qui a disparu de la langue française et qui signifie veste doublée.

#18 VIRE-VENT VIRE-POCHE 

Hélène nous dit que dans sa famille, une personne qui changeait souvent d’idée se faisait appellée un «vire-vent vire-poche». On voit bien l’image du vire-vent (la girouette qui change de bord à tous moments, à tous vents), mais le vire-poche ferait allusion à quoi selon vous ? Si vous avez une idée, faites-moi signe !

#19 IL EST BIEN BLOOD

Jeannine se souvient d’avoir entendu sa mère utiliser l’expression «il  est bien blood», en faisant référence à une personne qui était généreuse. Dans le même ordre d’idée, elle disait aussi qu’une personne n’était pas «regardante» lorsqu’elle n’était avare ni de son temps, ni de son argent. Peut-être que l’expression «être blood» trouve son sens dans le don du sang (blood, en anglais). Une personne qui donne son sang est généreuse et le sens s’est peut-être généralisé à la générosité dans d’autres contextes. Entéka, il vaut mieux être blood que cheap!

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Mélanie Smits

Enseignante en construction identitaire autochtone, formatrice en art et culture autochtones, musicienne et chanteuse en langues anishnabes

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Mélanie Smits via YouTube (Fier et Métissé, L’Écho d’un peuple)

«Il y en a qui m’appelle une Amérindienne. D’autres qui m’appellent une Autochtone. Mais moi, ce qui me fait vraiment plaisir, c’est quand on m’appelle par mon vrai nom. Je suis une Anishnabe

— Mélanie Smits dans Fier et Métissé, L’Écho d’un peuple

Mélanie Smits est née à Sudbury en 1989. Elle a grandi à Sudbury et dans la région de Nipissing, le lieu d’origine de sa famille. Ancienne étudiante du Collège Notre-Dame, Mélanie a complété des études postsecondaires à l’Université Laurentienne et à l’Université Western. Enseignante de formation, elle a un baccalauréat en éducation spécialisé en sciences religieuses et en études autochtones et une maîtrise en éducation spécialisée en leadership autochtone. De plus, Mélanie a suivi un programme de leadership pour femmes autochtones au Coady International Institute (St. Francis Xavier University).

De 2012 à 2016, Mélanie fut responsable du dossier Autochtone (Premières Nations, Métis et Inuit) au Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario (CSCNO) à Sudbury. Elle y gérait un programme au service des élèves de la maternelle à la 12e année. Parmi ses responsabilités figuraient le développement et la mise en oeuvre des programmes et services qui favorisent la réussite académique et la construction identitaire des élèves autochtones fréquentant les écoles du CSCNO.

Parmi ses activités au CSCNO, Mélanie a sensibilisé et formé les membres du personnel scolaire sur l’histoire, la culture et les perspectives des différentes nations autochtones. Elle a également développé des stratégies pour mieux répondre aux besoins des élèves autochtones sur l’ensemble du territoire desservi par le Conseil, en plus d’organiser des activités culturelles et d’appuyer l’établissement de partenariats avec des organismes et services communautaires.

Son implication auprès des jeunes Autochtones fait partie de sa vie depuis plusieurs années En 2011, elle a créé et coordonné le Camp de transition Autochtone au Collège Boréal. Parmi les ateliers offerts au Camp, on retrouvait des thèmes tels que la roue de la médecine, les sept enseignements sacrés, les enseignements de la tortue et les cérémonies traditionnelles. En plus de coordonner le programme, Mélanie offrait des formations sur la signification et la fabrication des capteurs de rêves et des bâtons de parole. En 2010, Mélanie fut également coordonnatrice du programme d’été pour les jeunes au sein de la Nation Métisse de l’Ontario.

En 2011, Mélanie a reçu l’Épée de Loyola. Ce prix est la plus prestigieuse distinction décernée par l’Université de Sudbury. Mélanie est la première descendante métisse à recevoir ce prix. Pendant son séjour à l’Université de Sudbury, elle était la représentante autochtone au Conseil étudiant de l’Association des étudiants francophones (l’AEF), ainsi que la représentante des étudiants Métis au conseil Indigenous Students Circle. Elle a aussi participé à l’équipe de révision du programme des Études amérindiennes et au comité d’embauche du département des Sciences religieuses. L’Épée de Loyola reconnaît son leadership exemplaire et ses remarquables qualités de leader.

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Mélanie Smits via http://www.naho.ca

Mélanie fut Réserviste d’infanterie au sein du 2e Régiment irlandais du Canada de 2007 à 2012. Bénévole au sein des nombreuses causes qui lui tiennent à coeur, elle fut décorée de la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II pour ses engagements. Depuis 2012, Mélanie fait également fièrement partie du Programme national des modèles autochtones.

13782105_307487936257243_9005697483405899760_nAujourd’hui, Mélanie marche dans les pas de ses ancêtres et transmet son savoir, son savoir-faire et son savoir-être aux enfants de sa famille élargie et de la communauté sudburoise, nipissingue et ontaroise.

Elle fait partie du quatuor Le Cercle Métissé — un quatuor d’artistes des Premières Nations et Métis franco-ontariens qui offre la richesse de la culture par l’entremise des chansons traditionnelles, légendes et traditions. Ce quatuor se produit au Canada et a aussi fait une tournée en France.

Le message que Mélanie tient à partager est que le « sang mêlé » (le métissage) est un cadeau identitaire, une force pour l’évolution de la personne métisse, des Premières Nations et de la société en général. Dans tout ce qu’elle entreprend, elle se laisse porter par la sagesse de ses grands-mères qui lui ont enseigné l’amour des gens, l’amour de la nature et l’amour de la Terre Mère.

En septembre 2016, Mélanie entreprend une nouvelle aventure. Elle retourne dans la région du Nipissing, cette fois au service du Conseil scolaire catholique Franco-Nord dans un rôle de conseillère pédagogique en éducation autochtone. Fière Métisse et fière Franco-Ontarienne, Mélanie poursuit son œuvre dans les Pays d’en haut…

NOTE : L’Épée de Loyola est le prix le plus prestigieux décerné par l’Université de Sudbury.  Il fut crée par le Conseil des Régents en 1966 pour reconnaître chaque année les mérites du finissant ou de la finissante qui entre tous et toutes, s’est rendu(e) remarquable par la distinction de ses études, par ses qualités de chef, et par sa sollicitude pour les autres. Le prix est inspiré par la vie de St-Ignace de Loyola, chevalier espagnol qui est converti au christianisme en 1521.  En abandonnant son épée, il fonda la communauté des Jésuites qui a pour but le service à l’humanité.

Réf. http://melaniesmits.weebly.com/prix.html; Monologue créé pour les spectacles L’écho d’un peuple fier et métissé; profil de Mélanie Smits sur LinkedIn; http://www.naho.ca; http://www.usudbury.ca/fr/archives-2015/508-deux-camps-d-exploration-a-l-universite-de-sudbury

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