Le Grand Déménagement

Familles pionnières du Lac St-Jean dans le Nord de l’Ontario

Du bleu du lac (Livre publié aux Éditions Cantinales à Hearst, 2002)

«La vie de Florence [Leboeuf Fortin] était un peu difficile dans le Nord de l’Ontario, puisqu’elle avait laissé sa mère, et ses frères et ses sœurs au Lac St-Jean. Elle a dû s’adapter à la fois à sa belle-famille et aux maringouins du Nord de l’Ontario».

— Famille Fortin*, dans Du bleu du lac au vert de la forêt, p. 164

Au tournant de l’après-Deuxième Guerre, une génération de Saguenéens a quitté sa patrie en vue d’un avenir meilleur en Ontario. Déracinement. Épreuve. Espoir.

C’est ainsi qu’entre les années 1950 à 1957, une cinquantaine de familles provenant de 19 villes et villages du Saguenay sont déménagées dans le Nord de l’Ontario pour « faire de la terre** », et participer à la fondation d’une communauté canadienne-française catholique.

Courage. Confiance. Détermination. Volonté. Leadership… OUI ! Et dévouement aussi…

Ces nouveaux arrivants ont vite compris que la forêt leur offrait des atouts que la terre n’offrait pas. La charrue fit place à la scie mécanique dans la vie de plusieurs familles. Pour d’autres, ce fut la construction et la voierie qui ont été leurs moyens de subsistance lorsque l’agriculture ne donnait pas les résultats espérés.

Des Bergeron aux Villeneuve, en passant par les Fortin et les Tremblay, les Laberge et les Bouchard, et combien d’autres familles encore, la Route 11 est devenue leur terre d’accueil — à Strickland, Grégoire’s Mill, Fauquier, Moonbeam, Kapuskasing, Val-Rita. Harty, Opasatika, Mattice et Hearst.

La vie des femmes à l’époque du Grand Déménagement

Le message qui suit est un exemple des types de messages qui étaient donnés par la Jeunesse agricole catholique féminine (J.A.C.F.) aux jeunes filles du Saguenay pour les inciter à collaborer à l’oeuvre colonisatrice dans le Nord de l’Ontario —

« Et si, demain encore, on venait réclamer notre jeunesse pour la donner à d’autres coins du pays à conquérir, le Nord-Ontario, par exemple, jeunes rurales serions-nous prêtes ? Il faudrait partir alors; oui, il faudra partir courageusement pour agrandir le pays catholique, pour le peupler d’âmes saines et fortes et pour accomplir près de nos parents ou de nos époux ce rôle de collaboratrices dont ils ne sauraient se passer ».

— Anne-Marie Larouche, citée dans Du bleu du lac au vert de la forêt, p. 163. 

* * *

Lorsque les femmes ont quitté leur Saguenay natal pour accompagner leurs parents ou leur mari dans le Nord rural, elles laissaient souvent derrière elles des « commodités » de la ville. À leur arrivée en Ontario-Nord, la plupart des femmes ont dû s’accommoder d’une vie familiale sans électricité ou eau courante, parfois même dans des maisons qui n’étaient  pas isolées contre le froid!

Les femmes avaient souvent à gérer les défis imposés par l’isolement et la langue, ainsi que les dures réalités de l’éloignement fréquent du mari pour le travail.

À leur arrivée en terre ontarienne, les maisons n’étaient pas toujours prêtes à les accueillir. Certaines mères ont dû s’organiser tant bien que mal dans le partage des locaux avec d’autres personnes dans un espace souvent restreint ou pas toujours à la hauteur des attentes ou des besoins.

Le choc des cultures avec l’Ontario anglophone, le dépaysement des enfants, les horaires ardus des maris, l’ennui de la parenté — les femmes élevaient des familles de 10 à 15 enfants, parfois même plus, dans des conditions exigeantes qui offraient peu de répit, peu de repos. Certaines mères de famille étaient enceintes au moment du Grand Déménagement, d’autres ont fait le voyage avec une dizaine d’enfants déjà à charge.

Par leurs innombrables contributions à la vie sociale et économique de la région, ces Elles et ces Ils du Nord, Québécois de naissance, Franco-Ontariens d’adoption, ont façonné l’avenir de ce coin de pays le long de la Route 11.

Par leur intention sans cesse renouvelée de parler et de vivre en français, ces femmes et ces hommes ont légué un héritage dont profitent encore et toujours les générations du Nord aujourd’hui.

* La famille Marcel Fortin et Florence Leboeuf est partie de St-Edmond-des-Plaines au Lac St-Jean en 1953 pour s’installer à Moonbeam. Elle fait partie de la «vague bleue» des familles colonisatrices du Nord de l’Ontario.

**Expression utilisée par Pierre Ouellette, Du bleu du lac au vert de la forêt, p. 13.

Référence : L’histoire des Saguenéennes et des Saguenéens qui ont élu domicile dans le Nord de l’Ontario dans les années 50 est racontée dans le livre Du bleu du lac au vert de la forêt. Ce projet a été lancé par Lawrence et Marie-Jeanne Laberge Murray qui sont arrivés à Harty de St-Prime en 1957. Publié aux Éditions Cantinales à Hearst en 2002, le livre rassemble les écrits des descendants de ces femmes et de ces hommes pionniers, ainsi que plusieurs textes signés par des historiens communautaires et universitaires. Plusieurs descendants de ces cinquante familles vivent toujours dans le Nord de l’Ontario.

Certification 2013

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