La route 11

OTF-HORIZ_colour.epsJ’ai de l’amour… pour une route. La route qui m’a vue grandir et qui m’a conduite chez mes grands-parents à la campagne pendant les étés insouciants de mon enfance. Je me souviens des chevaux de grand-père et de leurs crinières qui dansaient au rythme élégant de leurs mouvements. Je me souviens de l’enivrante odeur du pain chaud de grand-mère et des cris de joie qui éclataient de la gorge des cousins et cousines s’amusant aux quatre coins de la terre paternelle. En moins d’une heure de route, nous arrivions dans une sorte de paradis aux parfums de foin, de fleurs et de famille. Le tablier et le collier, la pipe et la moustache, les violons et les guitares, la tablée de cartes pour les adultes, la cuisine d’été pour les enfants. Les dimanches à la campagne goûtaient les fraises des champs et la liberté.

Cette route est aussi celle que j’ai sillonnée d’innombrables fois à l’adolescence à bord d’une Yamaha 650 de couleur rouge passion. Blottie tendrement contre celui qui allait devenir mon partenaire de vie, je ne peux compter le nombre de fois où nous avons dévalé le ruban gris, les yeux rivés sur la route, le coeur fixé sur l’amour et l’avenir. Le vrombissement de la moto résonnait dans nos oreilles et dans nos mollets pendant que les villages se succédaient derrière nos verres fumés et que les mouches noires fouettaient nos corps sans pitié. Nous roulions pour échapper à la monotonie qui s’impose parfois dans les villages isolés au fond des forêts, loin des foules et des aventures citadines. Nous roulions aussi pour découvrir la vie.

Un jour, j’ai tourné le dos à ma « route d’amour ». Je l’ai trouvée ennuyeuse, interminable, contrariante. J’ai refusé de l’emprunter tant son pavé de misère pesait lourd sur mon être qui avait envie de distraction. Pendant un bon moment, elle m’a semblé être la route de nulle part, celle des longueurs, du temps perdu. Des distances à n’en plus finir. Des espaces où les humains ne vivent pas. Des arbres, des arbres, et encore des arbres, quelques maisons, un dépanneur, des poteaux de téléphones, une station d’essence. Et toujours des arbres ! Aligné telle une procession ininterrompue le long des terres du Nord, le cordon de conifères se prolongeait dans l’infini. Hélas, le charme s’était rompu entre elle et moi, et sa grâce d’autrefois me laissait maintenant indifférente.

J’ai tenté de m’y raccrocher en faisant d’elle la route de mon travail, l’utilisant plusieurs fois par semaine pour me déplacer de villes en villages et ainsi y gagner mon pain quotidien. Mais la distance à parcourir sur la route ensevelie par la rigueur des hivers et de ses tempêtes a vite réveillé en moi le désir de la quitter à nouveau.

De nombreuses années sont passées avant que l’envie de retrouver ma route délaissée ne surgisse en moi comme un arbre qui bourgeonne de promesses. Mais cette fois, je l’ai parcourue par les voies de la nostalgie, de l’histoire de ses familles et de la vision d’un peuple porteur de rêves. Mes souvenirs remontaient comme la sève au printemps et tremblaient comme les feuilles sur les branches des arbres qui résistent au vent du Nord. J’ai marché dans les traces de mes ancêtres : ces hommes et ces femmes défricheurs, fondateurs, pionniers.

Cette route, c’est la 11, la route de mon pays, dans le Nord de l’Ontario. Une route d’une telle importance qu’elle relie la province de Barrie à Rainy River, longeant des centaines de villages et de villes dont celle qui m’a vue grandir — Kapuskasing. Je retrouvais la route de mon père et de ma mère. La route de mes premiers pas et de mes humbles éclats. La route de mes repères affectifs et de mes fondements identitaires.

Ma route. Longue de ses 1 780 kilomètres, dont 993 défilent dans le secteur Nord, elle est la deuxième plus longue route de l’Ontario. Sa gloire ! Bordée d’épinettes et de pins, transcanadienne par moments, ma route se rattache à d’autres routes et s’en détache le long de son parcours nord-sud tout en révélant une histoire riche en rebondissements, en résilience et en réussites depuis la fin du 19e siècle.

J’ai découvert que la route 11 voyageait en moi. J’ai compris que même si je ne vivais plus depuis longtemps le long de cette route, je demeurais son enfant. J’ai senti que le lien tissé entre elle et moi était aussi profond et mystérieux que le bouclier canadien et la forêt boréale qu’elle traverse.

Et quand je me suis mise à raconter cette route, je n’ai pu m’arrêter. De visages en villages, l’histoire de mon coin de pays s’écrivait au rythme des archives dépouillées, des souvenirs partagés, des anecdotes racontées, et surtout, à la lumière du dépassement de soi de celles et de ceux qui avaient peuplé le Nouvel-Ontario, l’Ontario-Nord et le Nord-Ouest ontarien depuis le début de la Grande Aventure que fut la colonisation.

Je me promène sur la route 11 avec la ville modèle du Nord tatouée sur le coeur. Je fouille les fonds de tiroirs et je creuse la mémoire des gens qui, comme moi, ont vécu cette route, et d’autres qui y vivent toujours. Ensemble, nous nous rappelons la petite et grande histoire d’un coin du monde né le long de la voie ferrée, dans les mines et les usines, au coeur des cuisines et des chantiers, au beau milieu des arbres.

Je refais le formidable trajet du chemin le plus fréquenté de ma mémoire, celui d’une petite fille, d’une famille, d’un peuple. Oui, chère route 11, je peux te le confier — « il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai »…

Le texte « La route 11 » fut publié au préalable dans un ouvrage collectif intitulé « Écrire pour se raconter III » publié en juin 2016 aux Éditions David. « Écrire pour se raconter » est un concours de création littéraire destiné au public adulte de l’Ontario français. Je remercie chaleureusement les Éditions David d’avoir inclus mon texte La route 11 dans leur recueil 2016 dont le thème était « Racontez un amour inoubliable !». Je les remercie également de m’avoir accordé la permission de reproduire le texte sur mon blogue. 

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Rayanne Dupuis

Soliste classique (cantatrice d’opéra)

Habitant Paris depuis de nombreuses années, la cantatrice de renommée internationale, Rayanne Dupuis, est native de Kapuskasing où elle a grandi jusqu’à l’adolescence. Dès l’âge de 6 ans, sa mère enseignante l’avait inscrite à des cours de piano.

Enfant timide, Rayanne a néamoins participé à de nombreux concours de chant organisés dans sa ville natale, et ce, à partir de l’âge de 8 ans. L’amour de la musique classique et du chant lyrique est alors devenu pour elle une réelle passion et un moyen privilégié d’expression.

La famille Dupuis déménagea à Sudbury où Rayanne poursuivit ses études au Collège Notre-Dame et fit partie de la chorale scolaire fort bien réputée de ce collège d’études secondaires.

Pendant son séjour à Sudbury, Rayanne a également chanté pour la reine Elizabeth II lors du passage de celle-ci à Science Nord. À l’âge de 15 ans, Rayanne assista à son premier opéra mettant en vedette Joan Sutherland et Judith Forst, et sa carrière s’est alors précisée suite à un coup de cœur pour cet art vocal.

Rayanne Dupuis rôle

Rayanne Dupuis dans le rôle de Lulu, mai 2000 à l’Opéra théatre de Metz (France). http://www.rayannedupuis.net

Rayanne étudia en chant à l’Université de Toronto et à la prestigieuse Yale University aux États-Unis, en plus d’obtenir un doctorat en arts musicaux de la State University de New York (SUNY) à Stony Brook.

Elle fit ses premiers pas dans le métier au sein de la Canadian Opera Company dans les années 1990, et depuis 20 ans, sa carrière l’a fait voyager aux quatre coins de la planète.

Polyglotte, elle chante en plusieurs langues et accumule des premières qui lui valent des salutations chaleureuses de la part des critiques à l’échelle mondiale.

Rayanne a chanté avec les grands orchestres du monde dont l’Orchestre symphonique de Montréal, la BBC Londres et la Deutsche Orchestra Berlin. Elle a chanté des opéras à Edmonton, en Floride, à Austin, Seattle, Reims, Nantes, Angers et Montpellier. Elle a également enregistré plusieurs CD sur diverses étiquettes.

Interprète du répertoire contemporain, son talent vocal somptueux se traduit également par des performances riches et nuancées sur scène. La vie parisienne est idéale pour le type de carrière que Rayanne a choisie, mais elle n’oublie pas ses racines du Nord pour autant…

Visionnez un extrait mettant en vedette Rayanne Dupuis.

 

Réf. Sudbury Living Magazine (Nov.11/13) ; http://www.rayannedupuis.net

Certification 2015

2013 in review (préparé par WordPress)

The WordPress.com stats helper monkeys prepared a 2013 annual report for this blog.

Here’s an excerpt:

The concert hall at the Sydney Opera House holds 2,700 people. This blog was viewed about 25,000 times in 2013. If it were a concert at Sydney Opera House, it would take about 9 sold-out performances for that many people to see it.

Click here to see the complete report.

Article publié en France (2013)

Article rédigé par la journaliste Claude Ader-Martin, à Bordeaux (France), publié sur le site «Aquitaine, Québec & Amérique du Nord francophone», le 30 septembre 2013, aqaf.eu

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Jeannine Ouellette, auteure des Elles du Nord

UN MOIS POUR LES FEMMES AU CANADA, par Claude Ader-Martin

Octobre, c’est le mois de l’histoire des femmes au Canada. Avec en point d’orgue , la célébration le 18,  du souvenir des cinq Albertaines qui ont obtenu en 1929, la reconnaissance pleine et entière des femmes au titre de « personnes » ce qui leur donnait le droit de siéger au Sénat.

Au ministère de la Condition féminine, on s’occupe  d’améliorer la sécurité économique des femmes et de les encourager à occuper des postes à responsabilité. Une autre mission consiste à éliminer la violence qui leur est faite à certains égards. Il y a d’ailleurs un jour spécifiquement dédié à cette cause, le 6 décembre chaque année. C’est dire si nos sœurs canadiennes ont juste un peu d’avance sur nous  en matière d’égalité hommes/ femmes ne serait-ce que par un droit de vote garanti depuis 1918.

Psychopédagogue spécialisée en apprentissage chez les adultes, l’ontarienne Jeannine Ouellette a fait de la femme son sujet privilégié d’études, tout en s ‘intéressant de près à l’histoire de sa province. Depuis 2012, elle rédige un blogue intitulé Les Femmes de la route 11: les Elles du Nord où elle trace les portraits de pionnières  qui ont marqué le développement du nord de l’Ontario incluant la région de Kapuskasing dont elle est originaire. A commencer par sa grand-mère Rosa Ouellette venue du Québec au début des années 30 qui éleva une famille de 13 enfants tout en créant un des rares point de ravitaillement existant dans les années 50 sur cette portion de route reliant  North Bay à ThunderBay. La vie de Rosa Ouellette ressemble à celles de dizaines d’autres francophones qui  sont venues peupler le nord de l’Ontario à partir du milieu du XIXème siècle. Elles y ont laissé une  abondante descendance mais aussi un maillage de savoirs, de valeurs et de réseaux qui perdurent de nos jours et dont le blogue se fait l’écho. Récits en forme d’ hommages aux premières arrivées et portraits de celles qui aujourd’hui encore, continuent d’écrire  l’histoire de la province.

C.A.M