Madeleine (Bouchard) Brassard

Portrait d’une pionnière, fondatrice de Strickland, maman canadienne

MadeleineÉtienneBrassard

Étienne et Madeleine Brassard
Fondateurs de Strickland (Ontario)
Avec l’aimable autorisation de Lionel Beaulieu

« Dans une fondation, il y a toujours des choses qui manquent plus que d’autres. À Strickland, c’est le bon pain de « chez nous » qui manquait. On essayait bien de le remplacer par de la galette; elle avait triste mine à la place du bon pain ! Donc, il fallait cuire et vite ! »

— Madeleine Bouchard Brassard, lors de son arrivée à Strickland pour fonder la nouvelle paroisse, 1917

Née le 11 janvier 1863 à St-Irénée dans la région de Charlevoix Qc, Madeleine est la fille de Louise Perron* et de Hermenegilde Bouchard. La 8e d’une famille de 10 enfants, elle a vécu à St-Irénée jusqu’en 1881, année de son mariage à Étienne Brassard de Chicoutimi le 25 janvier.

Par la suite, le couple Brassard a vécu dans plusieurs municipalités de la région du Saguenay (Chicoutimi, l’Anse-Saint-Étienne, Saint-Gédéon), avant d’élire domicile permanent à Strickland en 1917, faisant d’eux la famille fondatrice de ce comté de l’Ontario-Nord.

C’est auprès de ses parents et de ses frères et sœurs que Madeleine a appris le sens du mot courage. Élevée par une mère devenue orpheline en bas âge, la mère de Madeleine, une enseignante de profession, a été pour les enfants Bouchard un modèle d’amour inconditionnel et de générosité sans bornes.

Dans un témoignage de ses souvenirs** rédigés en fin de vie, Madeleine raconte, en parlant de sa mère, qu’elle « saisit toujours l’occasion de faire du bien autour d’elle, comme soigner les malades, assister les mourants, ensevelir les morts, hospitaliser les malheureux; elle avait du courage pour tout.»

Ces leçons de vie ont été gravées dans le cœur de Madeleine qui est devenue, à l’âge adulte, une femme à l’image de sa mère — accueillante, aimante, vaillante. Le modèle même de la maman canadienne, expression que Madeleine utilise dans ses mémoires lorsqu’elle fait l’éloge de sa mère dévouée.

La famille immédiate et la famille étendue de Madeleine ont eu une longue tradition de vocation religieuse. Cette exposition aux prêtres, aux religieux et aux religieuses préparait Madeleine, sans qu’elle le sache à l’époque, à son futur rôle de pionnière et de « mère d’accueil » dans le Nord de l’Ontario. Cette mère pionnière a mis au monde 11 enfants, dont 3 sont décédés en bas âge.

Outillés par les défis de la vie — maladie des êtres chers, deuils multiples et rapprochés sur la ligne du temps, périodes de sècheresse suivies d’incendies dévastateurs, pertes et adaptations fréquentes, accueil d’orphelins, séparations touchantes et adieux multipliés — Madeleine et Étienne Brassard, alors âgés respectivement de 54 et 60 ans, ont quand même eu le courage de se lancer dans une nouvelle aventure dans le Nord de l’Ontario au début du 20e siècle. « Le Bon Dieu nous a souvent visités par la maladie, même par la mort. Cependant, le courage ne nous a jamais manqué, nous étions soutenus par sa grâce. », de raconter Madeleine dans ses mémoires.

Les débuts de Strickland

C’est en 1916 qu’Étienne Brassard, menuisier-forgeron de profession, décide de quitter sa terre natale. C’est alors qu’il monte à bord du premier train officiel qui menait les nouveaux colons vers le Nord de Ontario.

Un an plus tard, Madeleine est venue le rejoindre pour fonder avec lui la nouvelle communauté canadienne-française de Strickland.

Il faut dire que Madeleine n’était pas la première de la famille Bouchard à s’expatrier du Québec. Son frère aîné Louis fut, le premier de la famille à déménager en Ontario (North Bay) où il vécut jusqu’à son décès. D’autres frères et sœurs sont déménagés aux États-Unis ou au Manitoba.

En 1916, l’Ontario-Nord était « le pays des terres nouvelles et du bois de pulpe », ce qui avait attiré Étienne Brassard à y construire un premier « campe » de 20 pieds, accompagné de quelques hommes de St-Jérôme.

L’été suivant, en 1917, Madeleine le rejoint avec leur fille Étiennette faisant des Brassard la toute première famille à s’installer en permanence à Strickland. Dans ses mémoires, Madeleine avoue cependant qu’elle croyait que son séjour ontarien allait être temporaire, mais au fil des ans, les racines d’une nouvelle vie ont été creusées. Quelques-uns de leurs enfants sont également venus bâtir un « chez nous ontarien ».

Première maison à Strickland_TU

Première maison construite à Strickland vers 1922, les propriétaires Étienne et Madeleine Brassard y ont vécu jusqu’en 1930, d’autres membres de la descendance Brassard y ont vécu jusqu’en 1953

À Strickland se multiplient les travaux et les accueils — construction d’une première maison (24 pieds) qui, plus tard, sera transformée en chapelle, mise sur pied d’un moulin à scie en 1922, gestion familiale du moulin à scie jusqu’en 1945, et hébergement de plusieurs curés pendant de nombreuses années puisque Strickland était sans presbytère à l’époque.

Affligée par le glaucome, Madeleine a néanmoins écrit son témoignage de vie à l’âge de 79 ans. Des membres de sa descendance ont suppléé au document initial, question de le compléter en appuyant les souvenirs de leur mère.

Madeleine est décédée le 1er février 1952, à l’âge de 89 ans. Elle lègue en héritage non seulement ses souvenirs, mais une lignée qui continue à envisager l’avenir avec confiance et qui se fait un devoir d’honorer la mémoire de leurs ancêtres.

*À l’origine, le nom ancestral de la famille Perron était Suire. Le grand-père de Madeleine avait construit un petit quai où pouvaient accoster les embarcations sur la rivière de la Malbaie. Le petit quai avait été surnommé «perrron» par les habitants de la région, d’où le nom de famille Perron par la suite.

** J’aimerais remercier très chaleureusement Lionel Beaulieu, arrière-petit-fils de Madeleine Bouchard Brassard, d’avoir partagé les archives de sa famille avec les Elles du Nord. Sa confiance et sa générosité ont rendu possible la rédaction de ce portrait d’une pionnière du Nord de l’Ontario qui, par sa vie et ses écrits, témoigne non seulement d’une vie personnelle et familiale, mais des valeurs et des réalités de toute une époque. Merci…

Note historique : Lorsque Étienne Brassard est venu en Ontario pour la première fois en 1916, il a logé dans un abri de fortune construit de branches de sapin.  «Le premier geste de ce fondateur de paroisse avait été d’élever une grande croix noire en bois. Mgr Latulipe, alors évêque de ces lieux [lit-on dans les registres de la paroisse], passe sur un train et apercevant cette grande croix en pleine forêt et les premiers colons agenouillés pour recevoir sa bénédiction ne put s’empêcher de pleurer». (Extrait du Progrès de Saguenay, 1937).

Références : texte de M.Bouchard Brassard; textes de L. Beaulieu.

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LES MOTS DE MADELEINE…

Les souvenirs légués par nos ancêtres sont une richesse noble qu’il fait plaisir de conserver et d’aimer. La liste qui suit présente plusieurs exemples de la belle plume de Madeleine Bouchard Brassard dans la rédaction de ses souvenirs.

Je crois rajeunir en parlant du petit coin de terre qui m’a vue naître. (en parlant de la rédaction de ses mémoires)

Il fallait du courage pour s’enfoncer ainsi dans la forêt, car il n’y avait pas de chemin. (en parlant des pionniers)

La plume n’est pas capable d’écrire tout le bonheur qu’on éprouve en recevant la visite de ses chers parents. (en parlant du plaisir éprouvé à revoir les êtres aimés)

Comme les desseins de Dieu ne sont pas les nôtres, Il a sa manière à Lui de sanctifier les saints. (en parlant de la souffrance des êtres humains sur terre)

Sur le chapitre de la charité, elle était d’une exigence rare.  (en parlant des leçons de vie enseignées par sa mère)

Comme elles brilleront dans le ciel « ces mamans canadiennes ». (en parlant du sacrifice et de la générosité des mères)

La mort visite notre foyer pour la première fois en 1902. (en parlant du décès de leur fils Basile à l’âge de 9 mois)

Puis, les berceaux se multiplièrent ! (en parlant des naissances de ses petits-enfants)

Il en faut [de la joie et de la tristesse] dans la vie, puisque c’est comme cela qu’on s’en va vers le ciel. (en parlant des bonheurs de la vie qui sont suivis par des peines)

Certification 2013

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