Marie-Rose (Tousignant) Girard

Pionnière à Génier à partir de 1922

Miemose

Photo : archives familiales d’Edgar Girard, fils aîné de Marie-Rose Girard

« Une vie nouvelle allait commencer dans un pays nouveau, si neuf, où tout était à faire. […] Petit à petit on s’appliquait à reconstituer l’atmosphère du Québec en terre ontarienne ».

— Marie-Rose Girard, Miemose raconte…, p. 84

Au tournant du 20e siècle, plusieurs pères de famille d’origine québécoise ont dû ouvrir toutes grandes les portes de l’espoir afin d’assurer un avenir économique à leur famille et à leur descendance. Pour ce faire, plusieurs se sont exilés en Ontario, d’autres sont allés aux États-Unis ou encore vers l’ouest du Canada.

Le père de Marie-Rose Tousignant n’a pas fait exception dans son désir de créer les conditions d’une vie meilleure pour ses 15 enfants. Uldoric Tousignant fut d’ailleurs l’un des premiers à se rendre en Ontario pour visiter les fermes, et considérer se joindre à l’effort de colonisation du Nord ontarien sur invitation du prêtre-colonisateur, le révérend père Bourassa.

Ainsi, le 7 août 1922, la famille d’Uldoric et Honora Tousignant a entrepris un trajet mémorable d’une durée de 18 heures, à partir de Saint-Stanislas-de-Champlain en Mauricie, jusqu’à Génier, petit village é peine établi, situé à quelques kilomètres de Cochrane dans le Nord isolé.

Pour Marie-Rose Tousignant, née en 1906, la 8e de 15 enfants, le coup a été dur. L’automne 1922 devait voir naître sa carrière d’institutrice à Saint-Stanislas. Tout juste fièrement diplômée avec grande distinction académique à l’âge de 16 ans, l’avenir de cette élève d’élite a soudainement basculé vers une vie remplie d’incertitude et d’inquiétude. Déchirure. Dépaysement. Déception.

«Penchée à la portière, le cœur brisé, je regardais fuir le paysage, les fermes verdoyantes, le décor féérique, mon village, la Bastiscan… Saint-Stanislas, berceau de mon enfance et de mon adolescence, adieu ! » (p. 83).

Marie-Rose avait de l’ambition — celle d’éduquer les enfants et leur transmettre son amour des études. Mais à l’époque du Règlement 17 en Ontario, l’enseignement en français dans les écoles était interdit, et sa vocation d’institutrice a été compromise à tout jamais puisque la jeune adolescente québécoise ne parlait pas un mot d’anglais. Les portes des écoles de l’Ontario lui étaient fermées…

Non seulement devait-elle gérer la souffrance morale que lui causait la perte de son rêve professionnel, mais les réalités de la vie en ce pays de colonisation étaient exigeantes à plusieurs points de vue. La famille, loin des leurs, vivait moins de gaieté, le souvenir du pays natal creusant la mélancolie qui rendait les peines parfois amères.

La rigueur du climat, les pluies d’automne abondantes, le froid vif et sec, les défis d’accéder à l’eau potable, les départs prolongés des hommes dans les chantiers ou à l’emploi de la voie ferrée, ainsi que la monotonie parfois déprimante du paysage et des routines quotidiennes du travail de colonisation… de dures réalités pour les jeunes familles.

Malgré tout, Marie-Rose s’est forgé une vie dans le Nord de l’Ontario. Elle a épousé Léo Girard en 1926 et fonda une famille de 9 enfants avec lui. Tout au long de sa vie, elle a été très éprouvée par des pertes d’êtres chers, y compris une de ses filles, Mariette, à l’âge de quelques mois. Elle a connu des maternités compliquées requérant de longues hospitalisations, des incendies ravageurs et le départ surprenant et inattendu de son conjoint après 22 ans de mariage !

Marie-Rose n’a jamais baissé les bras. Et la vie l’a récompensée à travers l’œuvre de ses enfants qui lui ont apporté beaucoup de fierté. Certains sont devenus enseignants, d’autres ont œuvré dans les hôpitaux, dans les mines ou dans le service militaire. Ses 8 garçons et sa fille ont uni leurs forces et leurs caractères pour combler les besoins économiques et émotifs de leur mère.

Marie-Rose, ou Miemose comme elle avait été affectueusement surnommée pendant son enfance, a travaillé comme secrétaire scolaire à la fin des années 50. Elle a aussi participé à des activités de bénévolat à l’hiver de sa vie.

En rédigeant son récit de vie Miemose raconte publié aux Presses de l’Université d’Ottawa en 1988, elle a fait œuvre de mémoire et d’enseignement aux générations de l’avenir du Nord ontarien. Chacun de nous peut retrouver dans son histoire des bribes de la vie de nos grands-mères et de nos grands-pères  venus s’installer en Ontario pour « bâtir un nouveau pays ».

Marie-Rose est décédée en 1995 à l’âge de 88 ans. Plusieurs de ses descendants vivent toujours dans la région de Cochrane.

Note historique : 1. À leur arrivée en terre ontarienne, la famille Tousignant a acheté la ferme d’Olivier Génier, le premier colon de Génier. Deux des fils Girard, Lauré et André, ont étudié au Collège universitaire de Hearst et y ont obtenu leur baccalauréat. Dans son livre, Mme Girard souligne le travail exceptionnel d’une enseignante à Cochrane, Madame Dolores Grenon. Celle-ci a d’ailleurs reçu le Mérite franco-ontarien en éducation en 1996  pour son dévouement exceptionnel à la profession.

Références : Livre Miemose raconte…par Marie-Rose Girard; crccf.ca; article de Yvan G. Lepage, «Miemose raconte : Hommage à Marie-Rose Girard (1906-1995), publié dans Francophones d’Amérique, no 6, 1996, p. 129-130.; texte de A. Girard

Certification 2013

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2 avis sur « Marie-Rose (Tousignant) Girard »

  1. Hélène Beaulieu dit :

    J’éprouve beaucoup d’admiration envers cette grande Dame.

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